Quand la demeure du maître se distingue...

chateau recadreCes châteaux qui parsèment nos campagnes font partie du patrimoine architectural et culturel et sont indissociables de ceux qui les ont occupés au fil du temps. Les diverses sources permettent de repérer les châtelains, d'en suivre la dévolution, d'en connaître les cheminements suite aux alliances, aux successions et aux mutations des biens. Ils sont aussi l'expression du régime seigneurial qui a dominé la société rurale durant l'ancien régime, du développement de la fortune foncière allant de pair avec le mode de vie des classes dominantes de ces époques.
Outre les châteaux forts médiévaux, austères forteresses muées en résidence, on dénombre aussi quantité de châteaux fermes où la demeure du maître se distingue de celle des tenanciers chargés de cultiver les terres qui en dépendent, témoignant ainsi de l'im¬portance de l'exploitation rurale traditionnelle. Certaines époques marquées par la guerre ont imposé le maintien de constructions fortifiées.

Système défensif de haute justice.

Les châteaux fermes sont souvent entourés d'un système défensif destiné à les protéger des incursions des soldats et des pillards qui ont écumé les campagnes aux XVIe et XVIIe siècles lors de la révolution contre Philippe II, et ensuite des conflits avec la France.
Un des éléments essentiels de la propriété rurale de l'ancien régime est la seigneurie foncière, domaine plus étendu. Il comprend une partie exploitée directement et des parcelles concédées aux habitants (manants) du lieu moyennant le paiement d'une redevance. Le seigneur foncier exerce les droits de basse justice, c'est-à-dire l'arbitrage des conflits relatifs des biens de son ressort. Le château coexistait avec la ferme et formait un ensemble auquel était annexé un vaste domaine. Cette habitation est à la fois résidence du seigneur et siège de sa cour scabinale. Mais dès le Moyen Age, les dynastes féodaux ont cédé à certains de leurs proches l'exercice de la haute justice dans une terre bien déterminée.
C'est ainsi que la seigneurie de Loyers a été cour foncière et hautaine. Cette dernière exerça lors d'un conflit célèbre entre héritiers potentiels du domaine dont nous parlerons ultérieurement.

Les châtelains participent à la vie publique.

Au fil du temps le seigneur disparaît mais le châtelain prend le relais dans la même personne et sur le même domaine. Il conserve tout son prestige et son impact sur la population locale et joue un rôle important dans la société nouvelle. Plus tard, la participation des châtelains à la vie publique s'est poursuivie dans le cadre du Royaume de Belgique, soit en tant que bourgmestre le plus souvent, mandataire communal ou provincial. A l'échelon supérieur, dans les assemblées parlementaires, soit à la Chambre des Représentants ou au Sénat, ou encore dans la diplomatie en tant que ambassadeur prioritairement. On trouve aussi parmi eux d'importants industriels ou hommes d'affaires ; d'autres ont préféré vivre sur leurs terres, s'adonner à l'étude ou présider des organismes divers, notamment de bienfaisance.

La défense des châteaux fermes.

Pour ce qui concerne le château ferme de Loyers bâti en plaine, il était défendu entièrement par des fossés (ou douves) dont subsiste une partie au sud-ouest et par la tour colombier du porche d'entrée de la ferme qui était munie d'un pont-levis dont les créneaux des bras de levage subsistent de façon très visible. Ces moyens de défense étaient généralisés sur les plateaux à l'époque de la construction des bâtiments précités qui, rappelons-le, ont été édifiés à la jointure des XVIe et XVIIe siècles sous le règne des archiducs Albert et Isabelle (voir n° 12 de Rive Droite) où 1e pays se relève des ruines accumulées lors de la révolution contre Philippe II (1527-1598) roi d'Espagne et de ses dépendances dont faisait partie l'étendue des Etats Belgique. Ce monarque était le fils et le successeur de Charles-Quint. Ces importantes constructions affichaient aussi la richesse des occupants dans plusieurs générations de seigneurs et châtelains. Ils étaient aussi propriétaires d'immenses terres et forêts entourant leur château, terres à culture, élevage et d'autres fermes que celles attenant à leur château. Tel fut 1e cas du domaine seigneurial de Loyers qui a subsisté dans son intégralité jusqu'en 1948, année du décès de la comtesse Jean de Beauffort, née comtesse d'Oultremont.

Des archives datant de 1234.

Avant d'entamer dans un prochain papier l'évocation des occupants successifs du château, période qui s'étend sur quatre siècles, il faut mentionner au plus haut qu'on puisse remonter, l'existence d'un certain Henri de Loyers, alias de Loiu, 1225, 1234, 1240, 1261, «antécesseur» (1) de J. de Brehaing et d'Enguerrand de Bioul. Ces renseignements émanent du «chartier» (2) de Salzinnes, des «analectes» (3), du «cartulaire «(4) de Géronsart à Jambes et du Grand Pré à Faulx-les Tombes, ces trois documents datant de 1234. Un Watier de Loyers, (1281-1299) est aussi signalé (Reiffenberg). ndlr : Voir notre article les de beaufort - Y a-t-il eu une autre demeure seigneuriale sur l'emplacement des bâtiments actuels entre le XIIIe siècle (Henri de Loyers) et 1595-1605, dates de l'édification du château-ferme ? On est en droit de se le demander vu l'existence mentionnée de ces notables bien avant l'édification des bâtiments que nous connaissons. Un argument supplémentaire joue en faveur de cette thèse, soit la proximité de la chapelle castrale, choeur et transept de l'église contemporaine agrandie en 1882-1883 dont la construction remonte au XIIIe siècle, donc bâtis environ deux cents ans avant le château, car cet Henri et ce Watier ont bien dû habiter quelque part dans les environs immédiats. Ceci est un avis tout personnel. Ce qui est sûr en tous cas, l'existence du village de Loyers remonte au moins aux années 1200 si on se réfère aux millésimes précités et énoncés ci-après.

Les modifications scripturales au travers des siècles.

Personnage au début des années 1900, dont le récit authentique est à peine romancé dans l'ouvrage. «Il (le Ranchaud) déboucha sur le vaste plateau de campagne (campagnes St-Joseph et celles du Rond Chêne à Loyers) cernées de bois qui dominaient le village». A remarquer la description topographique exacte et concise des lieux. Et aussi, «le fin clocher de Loyères», «la campagne St-Joseph», etc. Il est bon et utile de relever que «Le Ranchaud» prix Rossel 1946 écrit par l'auteur, qui fut professeur à l'athénée royal de Namur, a été préfacé par Maurice Genevoix de l'Académie française; c'est assez dire la valeur littéraire de l'ouvrage.

Glossaire.
(1) Antécesseur : terme non répertorié dans les dictionnaires. Sans doute antonyme de successeur.
(2) Chartier : recueil ou collection de chartes.
(3) Analectes : morceaux choisis d'un ou plusieurs auteurs. (4) Cartulaire : recueil de titres.
Sources partielles de documentation:
«Châteaux de l'arrondissement de Namur», par Cécile Douxchamps
Le nom du village qui est orthographié LOYERS de nos jours, a subi au cours des âges des modifications scripturales, voire de prononciation, à savoir :
LOIU 1234; LOIEU 1240, 1261; LOIES 1281, 1285; LOIER 1284; LOUERS 1288,1289; LOIERS 1297.
Selon certaines étymologies, le nom de Loyers viendrait du verbe latin ligaturi, ligaturer, lier, en français indiquant un endroit où l'on fabrique des liens, ce qui paraît plausible, étant donné la situation du village et sa nature essentiellement agricole. A noter que le nom de Loyers se dit Loyi en wallon. Cette traduction se rapproche très fort des anciennes orthographes et manifestement désigne le verbe loyî (lier) en patois. Les méchantes langues ajouteront même que «à Loyi, i sont biesses à loyî» !

Où l'on reparle du «Ranchaud»

De fait, Max Defleur, fils d'un ancien instituteur de Brumagne du début du siècle qui a écrit le roman «Le Ranchaud» et dont le résumé paraît depuis le dernier numéro de Rive Droite (n°22), ne s'est -il pas peut-être inspiré d'une de ses ancien nes formes, en l'occurrence, «LOIER» (1284), pour écrire «Loyères» au lieu de Loyers, notre village, où se sont déroulés, épisodiquement, les faits ? Notons que le châtelain (le comte), dit le roman du drame, n'est autre que le comte Jean de Beauffort de Loyers ainsi, du reste, que d'autres protagonistes comme ~~ les gardes. Les événements que relate ce livre étaient narrés par les anciens autochtones de l'époque qui ont connu et vécu ce drame de braconnage...

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