faude
La photo ci-dessus représente Loyers vu du ciel. Vous remarquerez un terrain vers la gauche de la photo, longeant la rue Es-fays et au nord des Vivis, des taches sombres en forme de cercle.
Il ne s'agit pas d'une manifestation extra terrestre ou surnaturelle, il s'agit simplement d'aires de faude
Ces marques donnent l'emplacement où nos ancêtres, pas si lointains, fabriquaient du charbon de bois.
Cette photo illustre bien la situation de Loyers par rapport à la Vallée de la Meuse.

NOIR COMME UN CHARBONNIER

Décrire un métier qui nécessitait patience, vigilance, méthode et autant de soins que celui du charbonnier n'est pas une sinécure! Une aire de faude c'est joli, mais difficile à faire.
On commence par déblayer et rigoureusement nettoyer, tout en l'aplanissant, une surface circulaire pareille à une aire à grains en terre battue; autour, on creuse un petit fossé pour permettre à l'eau de pluie de s'écouler. An milieu du cercle ainsi obtenu, li maîss' tchèrbonî enfonce à grands coups de masse quelques solides piquets, entourant un espace laissé libre. Avec son aide, il empile progressivement des tronçons de bois secs et fendus, les atelles, tous dirigés vers le centre. Sur ce premier lit viennent s'ajouter quatre autres rangs de rondins de façon à former un fourneau circulaire, ayant la forme d'une pyramide tronquée.
Le dressage terminé, on couvrait le fourneau, ainsi progressivement obtenu et d'une hauteur de deux à trois mètres d'un épais manteau de terre et de fraisil (cendres d'une faude précédente), pour le mettre à l'abri de l'air. 
Dans le trou central, le charbonnier versait alors une masse de braises rougeoyantes. Le feu minait lentement la charge de bois sans vraiment la brûler; cette combustion insidieuse était la partie la plus difficile à jouer pour éviter une calcination trop rapide qui aurait donné l'occasion à des flammes dévorantes de réduire le fourneau en cendres. Le charbon est comme un enfant gâté sur lequel il faut veiller nuit et jour. Quand la fumée, blanche d'abord, devient plus brune et plus acre, on bouche la moindre fissure avec de la terre ou des mottes de gazon frais. Et, quand par malheur le vent s'élève, vite, il faut dresser des claies pour tempérer sou ardeur. Enfin, après mille maux et mille soins, au bout de plusieurs jours, la cuisson s'achève et le fourneau s'aplatit lentement. On l'éventre, tout chaud encore, d'un seul côté et le charbon apparaît, noir comme une mure, lourd et sonnant clair comme de l'argent. Suivant la meilleure estimation, le bois ainsi charbonné livre environ le quart de celui qui a été employé pour sa fabrication.
Les outils utilisés par le faudeu et son aide, le bèrrr'wètteu, étaient principalement la choupp' (pelle à bout arrondi) lecro(outil à deux dents) dont le maniement était destiné à limiter la combustion trop rapide de la faude, dont on bouchait constamment les trous; il y avait aussi la bèrwètt'(brouette), instrument essentiel au déblaiement de l'aire de faude, au charriage du bois et des éléments protecteurs du fourneau en combustion, terre et gazons.
la meule

Quand on parcourt les terres agricoles du Brabant wallon, du Condroz, de la Hesbaye, du Hainaut, de l'Entre-Sanbre et Meuse et celles du plateau des Ardennes, l'oeil exercé distingue facilement les aires de faude dont la terre noire omniprésente couvre encore le sol de grands cercles. Ce sont là les vestiges parfois très anciens, des charbonniers de chez nous !

Wilty Lassance, collaborateur bénévole. Extrait du Journal l'entre-deux du30 avril 1990 N° 38.
Photo Ville de Namur.

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